CAP SUR MARSEILLE 


Vendredi 5 décembre 1997

L'horloge bionike me réveille avant la sonnerie, zappe les violeuses du sommeil et le café chaud opère ses effets. Bouclage des sacs, charger le carton, "Manciet", "le Regard et le Cerveau", faire le plein de G.P.L. et cap sur Marseille. Linhà en tête nous roulons. Le jour se lève les tours de la Citée, les corbières sont rouges à l' horizon, Montpellier attend la coupe du Monde. Viala s'évoque à Nîmes, Carlotti, Mistral à Arles, Mireille hante la camargue, les Troubadours ici là en oc bleus le delta.

Marseille occupe les éclairages médiatiques sportifs et politiques, l'OM et le FN, je coupe et j'en remet, la liste n'est pas bouclée et entre le show provincial orchestré par TF1 lors du tirage au sort des poules de la world cup et le match nul 0-0 face à Montpellier, la Fête de la Citoyenneté s'est installée au pied du stade Vélodrome. Onze heures. C'est comme on avait prévu. José et Muriel viennent d'arriver, en piste pour l'installation."On a tous besoin d'idées fortes" est le mot d'ordre inscrit sur l'affiche pimentée au rouge sur fond rouge feu. Au P.C., Eric Sanna, Jean Pierre, Alain Gouirand et les autres, entament le parcours de l'organisateur, les copains des sections prennent place, Pat est en repérage, il fait froid et humide et les fly caisses roulent sur la grande scène. La bagarre des échelles commence avec les électriciens. A treize heures trente, pot au feu de bacalhau à la cantine pour tous, cafés et on y retourne.

Ce raid on Massilia est le résultat d'un travail de collaboration et d'échanges mis en place depuis Tolosa par Grand Menteur Flash, alias François Bacabe, et piloté pour la circonstance par le peintre toro-machiste toulousain portugais José Vaz. Allez, on décharge les scuds PVC bourrés de Polartorrides, les accrochages commencent. "Duthilleul", "La Télé", "Le Regard et le Cerveau", prennent place sous la main courante de la coursive, au dessus de l'escalator. Redoules-Ben-Batlle, l'intrigue est dans la salle. La force de frappe des Polartorrides est redoutable par la pluralité des peintres, plasticiens, écrivains, qu'elle transporte. Images de synthèse concrètes entre photographie et peinture. C'est un jeu de nous, joutes.

A la section de Martigues, Venise Provençale, les Amarades installent tables et chaises de leur piano- bar à vin "L'Escale Vénitienne". Pat propose de leur installer "Jazz et Vins", Polartorrides de circonstance; en fin de soirée elle y rajoute "le Crabe des Citoyens", ultime prédateur après le Ricard. Au bar à bière jouxtant l' Espace Ruralité, "Didonato" et "Deschepper" éclairent leurs couleurs fourcaliennes alors que "David S'Ware", dans la pénombre, veille. Pendant ce temps José Vaz et Muriel ont déroulé les deux bâches sur le lieu du forum central.

"C'est celui-là qui m' a décidé..." Eric Sanna, portable en main suit les installations, "La mémoire en marche" fait face à la scène, 22" assure la diagonale, 1,76 au carré entre hip hop et be bop, "Peter King" et "Marie Lubat", les patates, la langue et le crayon de Gérard Marty n'en perdent pas une et surveillent la galerie-box-pas-rap de Vaz. José n'est pas au bout de ses peines et nous non plus. L'heure tourne, il est tard, chez qui on dort? Personne ne se presse pour répondre. Bacabe n'arrive pas, le rhum agricole rigole, "...vous avez une carte bleue? oui! Je leur dit, avant dix heures..." Ce sera donc l'hôtel. Et on rigole encore, "c'est pas loin..., la première à droite en sortant." Là on rigole plus. Nous suivons la rent-car des Vaz et nous voici en route pour une déambulation, on s'égare, je repère une station GPL, merde il est en panne, ça discute sec chez Vaz et Muriel, on repart, je les vois prendre la direction de l'autoroute d'Aubagne-Toulon. Bon nous les laissons et rentrons vers le Parc Chanot où l'hôtel Balladine fera l'affaire.

 

Samedi 5 décembre

Bien dormi. Sur canal+ "L'Enfant Lion" déroule sa légende, dehors le soleil et le ciel olympien nous invitent et dans dix minutes ce sera trop tard pour les petits dèjs. Pat saute dans son cuir et nous voilà en piste. Un bon quart d'heure et nous sommes rendus. Dans le hall A c'est l 'effervescence des derniers préparatifs avant l'ouverture des portes aux Amarades. Les pompes à bière s'oxygènent, la librairie de la Renaissance se livre, les électriciens courent après les spots, les essais de son se télescopent d'une scène à l'autre, des odeurs d'oignons frits s'échappent des cuisines de la section de Vitrolle où nous installons"Songs" en terrasse. Au stand des élus, "Manciet" écoute, étonne, dérange. Un élu, par ignorance l'a décollé du mur et posé là, plié en deux sur la pile de journaux. Après les explications éclaireuses de Pat, lui indiquant qui Bernard Manciet, qui René Duran, la gasconha, lou Reed, le rock, Bowie etc... L'Amarade élu à moins, heureux de savoir, un peu confus, se fit un plaisir d'assister à la réinstallation de l' homme de Sabres. J'espère qu' il fera vivre l'histoire auprès de ses collègues.

Bon il est pas loin de treize heureuses, dehors il fait très soleil et Grand Menteur Flash connais un resto, à la pointe de la Pointe Rouge, où les pizzas ... On donne rendez-vous à José et Muriel au "BD Pirates" et cap au Prado. David et les plages secrètes, les téléthondeurs sont à pied d'oeuvre pour faire monter la kagnote et rendre béatement heureux ce crétin de Robert Hossein à la télé, y a du monde aux terrasses. Arnaque à la Madrague, bonheur à la Baie des singes. Le Frioul, la ville blanche jusqu'à l'Estaque, la Bonne Mère la protège mais elle a le loup à sa porte. En retournant au Parc Chanot je pense à l'OM, à la future arrivée de Dugarry. La fête est en chauffe, c'est pas la foule mais ça fonctionne. Au forum central le débat sur les Régionales est vif ardent et les femmes en première ligne; la section du 14ème propose des cartes postales anciennes ou en train de le devenir, des livres à trois francs, des cartes téléphoniques et vous sert le pastis sur des nappes en papier. A l'autre bout Port de Bouc fête les 70 ans de sa section et met la colombe dans le ciel bleu, blanc et jaune. Au magnifique bar toile cirée, les"Chichis" de Maurici sentent et sont fichtrement bons. Alors que sur la grande scène "Point Comp'l" achève son rock, au stand des kurdes, la musique se traditionnelle avec l'apport discret, donc efficace, du sample et d' un musicien traditionnel et se danse en charentaises par de jeunes et beaux résistant de leur culture en action. Par moment on croyait entendre le rondo. Faut en parler à Blot et à Daziron. Et la ronde continue, chez nos copains du Gabon, les beignets et le piment s'adultionnent suavement; les photos du centenaire ne manquent pas de lumière, Aragon squatte un max de spots mais bon... Diaz finit son tour de chant, Les Fumistes de l'Estaque rockent l'opérette marseillaise façon sit com, c'est drôlement bien, bien meilleur que Mory Kante et sa musique aux milles épices, à trop vouloir en mettre ça devient imbuvable.

A minuit on a rendez vous avec Alain, c'est chez lui qu' on dort et il est en partance pour l'Estaque. C'est con pour Kanjar'oc, j'aurais bien aimé les écouter mais... On se pose, il nous laisse carrément son appart, et on cause pour mieux se connaître. La bouteille de scotch y laisse ses plumes, José et Muriel y vont, et nous trois poursuivons un peu plus tard.
 

Dimanche 6 décembre

A neuf heures l'horloge bionike...Petit noir au café du coin, j'achète La Marseillaise, Alain arrive la tête dans le sac, on monte dans la voiture et dix minutes plus tard on est chez Saîd pour un petit déjeuner en terrasse, sous le soleil avec la mer au large. Jus d'orange, croissants, chocolatines, quatre-quart, lait, thé, café, sourires, nous sommes au parc Chanot pour le début du débat "Regard croisé des Créateurs sur leur ville: Marseille". Cette Massilia d'aujourd'hui, riche de quelques cents vingts quartier-villages, brille de plus en plus, du Stade Théâtre Antique Vélodrome aux falaises de l'Estaque, Marius et Jeannette se passègen, sont sur les gradins de La Marseillaise, prennent la parole, donnent leur avis, émettent des critiques, proposent des actions pour et avec les habitants des quartiers de leur ville. Marseille est en bouillonnement. A la tribune, en fait sur des chaises, au centre, Raymond Boni pour la musique improvisée; Maurice Vinçon, Akel Akian, Gérard Meylan pour le théâtre; Jean Claude Izzo, Jacques Bonadier, Philippe Carèse, écrivains, réalisateurs; Hervé Paraponaris, plasticien; Roger Pailhas, galiriste et Pedro Hernandez photographe, brossent un portrait de leurs relations avec elle. Les échanges sont francs, précis, bon personne ne prend le risque d'attaquer sur la politique malgré les ouvertures du journaliste animateur du débat. Jamais le terme identité, pluralité, ne fut autant prononcé, Hervé Paraponaris mis l'accent sur l'urgence d'une véritable décentralisation à mettre en place, et combien il a raison!

L'estomac est en demande. Il commence a y avoir beaucoup de monde dans la fête, Pat a récupéré les tickets, nous voici au resto d'Aubagne, installé juste à côté du cyber-café, où nous nous régalons d'un repas malgache avec Cari Massale de crevettes, poulet au coco n'co. Judicieux comme toujours, François ramène du piment spécial de chez nos amis les gabonais, un régal je vous dit. A la table à côté, les jeunes de la J.C. reçoivent leurs Amarades de Paris et affinent les actions. A la libraire de la Renaissance, les auteurs marseillais rencontrent et dédicacent leurs ouvrages, en accord avec le responsable je m'installe à leur table avec mes dernières nouvelles "Les 41 Marches" , " la Revue d'Ecriture N°2", et la dernière Linhà Imaginòt. Entre Jean Claude Izzo et René Merle, qui vient d' adhérer à l' I.E O. Musique et s' abonner à la Linhà, les "Editions du Corbeau" sont encerclées par la "Série Noire". Un peu plus loin, au Pole "Anti-Front National et antiracisme , le débat donne

de la voix sur les ondes de Radio Galère alors que sur la grande scène les préparatifs du défilé de mode des jeunes créateurs marseillais se prépare. La fête des couleurs et des sourires, les pitchons entre cinq et sept ans, habillés par Martine Matisse, font sourires les papas et rêver les mamans; les grands en prennent plein les yeux devant la beauté plastique des mannequins, garçons ou filles, tous amateurs et élèves des lycées professionnels La Calade, Combert, et Mongrand. Marseille, tes enfants sont beaux!

E la jornada se dévala, en backstage les musiciens de Tarace Boulba, ils sont une quarantaine, se préparent à sonner des cuivres résonner fanfare, Serge n'est pas encore arrivé de l'hôtel. Bacabe, Simpson et sa copine se préparent à partir. Ils ont rendez vous à dix huit heures à Sète avec le peintre Pierre François, un échange avec Toulouse est envisagé pour la fête de l'Huma à la Mounède en Juin. Au bar à bière de Berre la "Ruralité" est en débats, au Cabaret antiraciste du mrap, la groove Music d'Al Pharou accompagne pâtisseries et champagne, et contre la misère, pour le bonheur partagé, le Secours Populaire repeint le Père Noël en Vert, sa couleur d'origine d'avant le rapt Coca. Chez les Amarades du 10eme les collectionneurs de vinyls sont à la fête et font de supers affaires, demandez à François! Che France-Cuba deale les posters et les tee-shirts d'Ernesto, ceux du 16eme font gratter leur tombola et tout près du podium les capoeiristes Phocéen en démonstration se défient et luttent au son du bérimbal.

C'est l'heure de pointe, beaucoup de monde devant la scène pour le rendez-vous avec le Grand Serge. En backstage c'est un peu la confusion because Reggiani veut passer maintenant et, ce que vieux le veut... Etienne Zenone ne profitera pas du public, le show biz est tapis dans l'ombre, faut pas le bousculer, c'est lui qui commande, là carton jaune aux organisateurs et envoyez la gériatrie de la chanson française. Soixante quinze piges d'une vie bien remplie ça laisse des trace, d'autan plus que l' homme est très malade. Serge Reggiani touche par ce qu'il fut, à savoir un immense comédien et un fabuleux chanteur interprète, mais là, devant son micro, les yeux rivés sur son prompteur il n' est que l'ombre de lui même. Alors mais c'est bien sur... Nostalgie et souvenance,"elle au primtemps lui en hiver.." , les classiques sont sur toutes les lèvres, le public se laisse attraper, comme lui il est en bobiné,"Casque d'or" et en voiture Simone. Le film durera une heure et des poussières de stars, les spectateurs peuvent rentrer chez eux tranquilles,"Vote et tais toi!?" . Reggiani la recette est reparti comme il est venu, le vieux loup est rentré sur Paris, cessez de rire..., Zenone et ses musicien s'installent pour la scène finale, face à eux c'est le vide et le bruit des marteaux des démontages des stands. Quelques incorruptibles restent sur leur chaises, respectent la musique, mais c'est très dur. Dommages. Il suffisait de presque rien...

Allez, l'opération décrochage, enroulage, entubage, des Polartorrides nous prend une heure à peine, on les charge in the Rent-Car de Vaz et on rejoint l'equipe dans ce qui reste du Bar Vénitien de Martigues pour un dernier repas de fin de fête. On finit chez Alain, Eric nous rejoint sur les coups de trois heures, Fatima prépare des pattes à la tomater, la discussion est sérieuse, critiques et auto-critiques à chaud. La détermination d'Eric et de ses copains sort renforcée de ces deux jours pleins de rencontres. Cette"Fête de la Citoyenneté" Marseillaise ouvre des perspectives amb Tolosa, match retour les 5,6,7, juin au Parc de la Mounède

Jacme Gaudas

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