Rencontres d'un autre type.
Alors qu' en Corse on tire sur le Préfet de la République sans réfléchir au delà de cet acte, la France se retrouve au Stade avec quatre vingt milles voix chantant la Marseillaise et je ne sait combien de millions à la télé. Le Stade, qu' il soit Vélodrome, Sept Deniers, Parc des Princes, Lescure, La Mosson, Sapiac ou autres est un chaudron culotté à l' identité d' appartenance aux diverses communes où ils s' érigent en aires de jeux. Quand il est de France, c' est la Nation qui joue au ballon, ovale ou rond. Après les bleus du Père Jacquet contre l' Espagne, ceux du triolet de Jean Claude Skréla, Pierre Villepreux et Jo Maso viennent de faire bander en bleu, blanc, rouge. Les jeunes porteurs de couleurs de l' équipe de France de rugby n' ont fait aucun arrangement, fougueux comme des destriers de concours, supportés par tout un peuple rassemblé dans sa diversité, la bande à Ibanez, vingt cinq ans de moyenne d' age s' offre et de quelle manière la tunique blanche des anglais, redoutables adversaires s' il en est.
Le Stade de France plein comme un neuf est un merveilleux pied de nez et une réponse sans équivoque à tous les néo-nationalistes de tous poils qui se drapent avec les couleurs de la France, comme si elles leurs appartenaient. Hé bien non! Le drapeau tricolore est à tous les citoyens. Le Tournois est une force nourrie des pluralités culturelles peuplant les cinq Nations qui se confrontent. Chaque match est un concert, un charivari d' accents, de langues, de cultures, d' identités, de sourires. Le Stade est un lieu de rites. Du Waka Haka des Black aux signes de croire des Blancs, une cérémonie se jouent sur la pelouse, le gazon comme on dit, l' herbe. Sur le champs de bataille, les conscrits volontaires ne se font pas de cadeaux, jouent à mains nues, se "saoûlent" de jeux, construisent des mouvements, ouvrent, cadrent, chevauchent, débordent de joie quand le cuir est porté et aplati en terre promise. Tous unis dans le même élan, joueurs et spectateurs communient avec la même ferveur et conscience d' être là pour servir et soutenir le pays. S' élève alors une polirythmie à cent soixante milles mains, un chant circonstanciel, la soucoupe de ST Denis est une structure sonore unique, Johnny ne s' y est pas trompé, pour célébrer son "Ce que je sais".
Ce que j' y vois:
Les catalans, avec Marc et Thomas, aines d' une famille nombreuse, les Lièvremont qui, comme les Spanghéro, promet une belle lignée de rugbymen au pays.
Un cadet de Gascogne qui plante le premier essai. Bernat-Salles le Palois, comme l' avait fait Zidane le Marseillais de la Juve contre l' Espagne, enflamme le Stade de France, Bala tout naturellement change sa langue d' Oil pour l' Oc des landes, " Oc que polit..., que c' est beau!!!" "Vous êtes heureux Bala...il est capable de faire le discours de la troisième mi-temps en gascon?" " En tout cas s' il le faisait, mon cher Pierre, j' en serais très fier." Oui Bernat-Salles est heureux. Au micro de Joan Abelho il parle de l' age de son capitaine," Raphaël est jeune. Il sait parler simplement. On a tous adhéré tout de suite à l' envie de se transcender. Quand on reçoit un ballon, ce public, on est porté, c' est formidable...la pelouse a tenu..."
Un capitaine de vingt cinq ans, Ibanez, dacquois, petit fils d' un berger émigré espagnol de 36. Ici c' est rugby et corrida. A lo nhac lo tipe, à 14 ans il était déjà capitaine de l' équipe cadet d" Aquitaine de Basket .Il touche ses premières gonfles comme troisième ligne centre, puis aile, puis talonneur. Pour lui le Tournoi c' est une affaire de culture familiale, les samedis devant la télé. Cervantes din son cap, Ibanez savait que les english n' étaient pas des moulin à vent, mais des seigneurs de ce jeu qu' ils inventèrent.
Glas manque l' essai, coup de sifflet final de l' arbitre, sourires de Stéphane," on a été intransigeant au niveau de la défense...on s' est vidé...j' aurai pas pu tenir dix minutes de plus. L' Afrique du Sud, c' est derrière."
Cleda est sur un nuage, "j' ai joué vingt cinq minutes, j' ai rien vu passer, c' est formidable...je salue tous mes amis de Soisson..." A la question de savoir s'il sera avec son ancien club pour le "Bouclier de Clovis", Thierry sourit, "oui, si Pau joue la finale du championnat..."
Pari gagné pour Castaignède, son retour n' est pas passé inaperçu, son drop non plus. Sa vista de distribution du jeu, ses plaquages, sa popularité, font que les téléspectateurs lui attribuent le "Talon d' or ", offert par la Société Générale. Brillant de la tête aux pieds, Thomas ne croit que ce qu' il voit, l' équipe à gagner mais il reste du travail à peaufiner. Une nouvelle ère du rugby français s' ouvre. Quand on voit autant d' occasions mal vendangées, les Anglais peuvent s'estimer heureux du score de 24 à 17. Comme dit Bala, "ils ont failli prendre une belle veste qui leur aurait tenu chaud tout l' hiver."
Alors oui ce Stade est beau. Bien sûr il a un prix, élevé, des questions se posent quant à sa rentabilité une fois la Coupe du Monde de Foot terminée. La commune de St Denis, qui à tout fait pour l' avoir, y compris des trastejadas politiques, ne peut à elle seule y faire face. Alors à qui la soucoupe? Pardon, le Stade de France. J' espère qu' on aura pas besoin d' un référendum pour savoir si oui où non l' état, c' est a dire nous, Catalans du nord, Occitans français, Corses, Basques du nord, Bretons, Picards, Alsaciens, Vendéens... etc, citoyens de cette France nation, va saisir la balle au bon pour qu' à ce stade, de France nous reste, mieux, nous parle, nous chantent de ses voix multicolores. Évidemment , puisqu' il nous appartiendra, il est accessible, alors au boulot, que viennent les projets, avec de Grandes Ambitions, pour les cultures et les identités de cette France malade plus que jamais de son centralisme. " Ce qui nous dérange, ce n' est pas la nation en soi, mais la nation irresponsable, qui abdique, tolère l' impérialisme parisien, et refuse son soutien aux autres capitales. Pas de ville bâtarde! La République, qui n' a qu' une loi, les reconnaît toutes pour siennes, comme elle doit reconnaître la multiplicité des langues de France et de leurs cultures, de leurs valeurs. Décentraliser veut dire refaire un cerveau aux capitales de France... Capitales du Sud, valorisées par la culture occitane: sans doute est-ce la condition pour que le centralisme soit vaincu, et pour que les capitales non-occitanes se libèrent à leurs tour de leurs chaînes." (1)
Puisque le Stade de France est à Paris, tenons pari à St Denis que par une action de masse, réunissant toutes les langues et cultures indigènes de France, avant que les parlementaires ne se réunissent en congrès à Versailles, exigeons la modification d' aquel vergonhos article 2 de la constitution, dernier rempart de l' état centraliste pour empêche de signer la "Charte européenne des langues régionales et minorisées". Tant qu' à faire l' Euro, réfléchissons à l' Europe des cultures. C' est à ce prix que les Nations qui la composent trouveront leurs raisons d' espérer..." Il y a des civilisations. Le pays Basque et les Labourdins n' ont rien à voir avec les Souletins, ça fait une civilisation basque. Est ce qu'il y a une civilisation française? Oui peut être, on la crue. De toute façon je suis très européen, si on refait, ce qui est inévitable, un imperium comme au moyen âge, hé bien les nations vont se fondre là dedans, elles vont même plus exister. Si, il y aura des civilisations dans un ensemble." (2)
Voilà, c' est en me régalant de ce match que j' ai eu envie d' en rajouter. Le rugby est le seul jeu, à ma connaissance, où pour aller de l' avant il faut donner le ballon aux copain de derrière. A méditer.
Jacme Gaudas
(1) Félix Marcel Castan (Triptyque 1997 Aux Sources Occitanes) Ed bcdf.
(2) Bernard Manciet ( Poète Gascon universel)