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J. C. revient sur terre et semble
plus humain. En fait il est à sa place, en lever de rideau, en première
partie, comme Kiti Clac au Zénith de Montpellier avec Miles, sauf
que là c'est James Carter et L'Art Ensemble of Chicago. Le ténor
de la nouvelle vague du jazz marketing américkain bope comme un
fol, souffle comme un bison, se fait des interceptions lumineuses au baryton,
s'allume au Sun Râ, se balade sur les verges du fleuve, un pour tous
et tous pour moi, il se fait remarquablement accompagner par des pointures
à sa taille, invite même Cassius Richmond, altiste intéressant
qu'on aurait bien aimé peut être entendre plus mais James
Cramer veille au grain, c'est lui qui broie, et comme il aime ça
il fait durer son plaisir au delà du temps imparti et dans la loge
les papys s'impatientent et romègon...
- En tout cas il a un joli costume...
Nighthawk lui en taille un nouveau.
- Je ne vous fais pas la bise car
je suis enrhumée...
Le navire Odyssud est en surcharge,
en blouse blanche Doc Lester vient s'asseoir sur sa cadièra et attend.
Silence et toux dans la salle,
Roscoe Mitchell, Malachi Favors
et Famoudou Don Moye prennent possession des portiques, cloches, gongs,
triangle, tambours, souffle, vent de trompette, ça vient de loin
et c'est profond, retour vers l'à présent...
le soprano installe la liberté,
la tient à sa guise, insiste, terre en vue... Une première
palanquée quitte le bord, suivie par la deuxième, ceux qui
n'ont pas osé les premiers. Malachi empoigne sa grand-mère
et pose les fondamentaux d'un primitif reggae pas piqué des vers.
Roscoe ténor enchante la mélodie, Don Moye a la peinture
de masque et se régale, les têtes dansent la ola, c'est formidable...
Derrière le rideau de scène,
James n'en a pas perdu une, il est même prêt à faire
un truc avec eux, hé bien non, ils ne donnèrent pas suite.
Que ne les a-t-il pas fait attendre
tout à l'heure...
La douzième es acabada. Incontestablement
cette année "Jazz sur son 31" s'est trouvé un nouveau
souffle, un nouveau tempo, une originalité, une direction, bref
ce festival est un vrai festival . Si on regarde de plus près, cette
montée en puissance a pris corps depuis trois ans, dans un ordre
des choses bien pensé, l'équipe de l'ADDA 31, ne laisse rien
au hasard, la transformation d'un festival institutionnel, toujours difficile
à piloter, marqué par une programmation trop longtemps "arrêt
d'autobus pour stars en tournées", ne se fait pas sans tracasseries
de tout ordre et sans prise de risque.
Première constatation et
pas des moindres, la présence d'un très nombreux public à
tous les concerts ; avec un bémol pour Saint-Gaudens, où
traditionnellement se déroule la Rencontre "création", qui
cette année a été torpillée par la jeune star
de la guitare explosive, Noël Akchoté, qui s'est autorisé,
comme le font les sales mômes trop gâtés, à plastiquer
en plein vol tout le travail et l'énergie créatrice du Moulijulienne
Kolectif, une des formations de l'extraordinaire CUF, vivier de la musique
vivante de Tolosa, toujours prêt à en découdre avec
les plus grands. Le prochain défi
aura lieu début 99 avec Evan Parker, et un rapprochement avec "La
Flibuste" est sur le gjazz, laissons mitonner, l'étonnement en sera
que meilleur.
Donc des risques !
Celui tenté avec le pianiste
Laurent de Wilde, "Une heure avec...", programmé en fin d'après-midi
est une très grande réussite, c'était pourtant pas
joué d'avance... et je sais que certaines langues de vipères
ne se sont pas gênées pour en rajouter. Mis à part
avec Ravi Coltrane, virussé à 1000 dollars la séance,
avec qui il ne s'est rien passé (avec son quartet, en soirée,
Ravi ne nous a pas non plus...), nous eûmes droit à de bien
belles surprises, tel la rencontre avec Paolo Fresu, le top, et celle avec
Louis Sclavis, très attendue et fort réussie, sans parler
de celles avec Julien Lourau et Glenn Ferris, en apparence moins difficiles
à appréhender, mais ô combien passionnantes et jubilatoires.
Donc la programmation. Là
aussi des risques biens pensés, avec un savant dosage de musiciens
européens et américains qui se sont succédés,
croisés, rencontrés parfois, avec des cartes maîtresses,
des ouvertures, des jokers, une balade dans les vignes del
senhier Frontonnais, avec salsa finale et show des fesses ; la bonne santé
de l'ARFI et les promesses tenues de Katz ; le fabulous trio Humair-Ducret-Chevil-lon
et les Tubis Pachydermus Project du CUF; Lourau Groove Gang et Truffaz
à Plaisance où le bar a explosé ; la perle Sclavis-Romano-Texier,
l'Azur Quintet,...
Unité autour de La Table
d'Aline, où on avait toujours le sentiment d'être à
la maison, le Mandala au taquet et le Tigre désigné coupable
de faire le son qui tue, les collègues de Paris ne rêvent
que de revenir,ah Toulouse a toujours cette attraction... Affaire à
suivre.
Jacme Gaudàs.