Vendredi 29 octobre 99.

Une sacrée équipe !

Bon, il fait bien finir un jour et nous y sommes. A 15h, avec Ben, nous récupérons deux cent cinquante newsletters et autant de "onthe31@jazz.1998" et nous mettons le cap vers Saint Gaudens où comme tous les ans (sauf l'an dernier où Akchoté nous a planté) se déroule la Création de Jazz sur son 31. Après un détour par Lannemezan, pour affaires voiturières à régler, nous sommes dans la place, c'est-à-dire au Théâtre municipal que dirige avec brio et imagination Philippe Saunier. Sur scène, Denis Badault peaufine les derniers réglages et enchaînements musicaux de la pièce écrite, arrangée et orchestrée pour la circonstance. Ben et Michel Laborde en profitent pour remplir d'images leurs pellicules sensibles... A çò qu'entendi, l'histoire nous réserve de bien belles surprises, j'en prends le pari !

Au catering, salsisson, saumon fumé, cambajon, fromatges. Au niveau du vin, on respecte l'aliment comme il se doit, Côtes de Buzet pour le rouge et Gewurtzstraminer pour le blanc, à la grande joie de Philippe Metz, bouillonnant directeur de Music'Halle, l'école des Musiques Vivantes de Toulouse, Alsacien de naissance. À ses côtés, Fabrice Charles, tromboniste et Lorrain ne s'en laisse pas compter. Entre eux c'est comme les Basques et les Béarnais...

L'ora vira. La salle se remplit copieusement, chaque spectateur arrive avec dans ses mains la newsletter du jour et le livre "onthe31@jazz1998". Je remarque qu'Albi Gonzales à fait le déplacement depuis le Tarn, Christiane Bories bien sûr, Marc Mazart, le boss du café du Commerce de Rieumes est là amb l'amic Bourdoncle, la salle est quasiment pleine quand, comme c'est écrit sur le programme de la saison, "le spectacle annoncé à 21h débute à 21h 15 précis en raison d'une tradition locale, ancestrale et auto justifiée".

"Et si c'était..." Une résidence qui n'a rien d'anonyme, où la musique s'amuse. Badault aime le risque. Pour monter cette création, autour de son trio composé de François Merville (dm), Olivier Sens (cb), il a organisé un casting de choix en puisant dans les forces vives musicales de Toulouse. Le CUF (Complot Ultra frêle), dont on ne soupçonne pas encore assez la portée que ce collectif peu apporter à la musique en France et au-delà, avec Eric Palhé (st, as, machine), Pascal Pourré (g), Fabien Duscombs (dm). Dans ce casting, on retrouve aussi Marc Démereau (sb, ss, s, sample, scie musicale), Fabrice Charles (tb), Stéphanie Marchési (voix) et un Ardenais de Paris, Médéric Colignon (sample vivant). Une sacrée équipe !

Go ! Les lumières de la salle ne sont pas encore éteintes que le spectacle est déjà en action. Les protagonistes prennent possession de la scène, Denis Badault, chemise rouge, casquette rouge et gants mappa entreprend de balayer devant son piano, Démereau scie, Médéric tousse, une chaise portée à bout de bras va de jardin à cours, un tuyau siffle, les lights baissent et si c'était... En tout cas c'est très libre. Rock, funk et jazz s'accordent à vivre ensemble, très vite on se rend compte que le duo Palhé/Démereau se la donne sans concession pour notre plus grand plaisir. C'est le chaos organisé. Pourré grince les cordes de sa gratte électrique, une poly-sonie s'élève à nos oreilles, au passage on peut reconnaître l'incontournable influence d'un Willem Breuker époque punk et une ambiance felliniènne quand l'ensemble s'amuse à se trouver. Et ils y arrivent. C'est superbe et déconcertant. Bien sûr le trio de base déroule le fil rouge conducteur, méandre mélodique dans un monde brut de décoffrage. Un peu plus loin, lo viatge fait une halte sur les rives de la voix où la rencontre entre celle de Stéphanie Marchési et celle prolongée, tromboné de Fabrice Charles nous ouvre à la poésie. Course d'ensemble, maul disputé, flash chez Carla Bley ! Tout ce qu'il n'a pas pu faire à l'ONJ, Badault se le fait à Music'Halle. Faut dire qu'il a trouvé là, entre Le Moulijulienne et la Friture Moderne du grain à moudre. Le new Sétois est bien dans sa dralha, écoute et fait jouer, autorise le plaisir à ses compagnons de band, témoin ce duel ferraillé entre les cuivres en liberté freesonante jusque dans la fanfare et où Démereau soleille en baryton... Et si c'était à l'endroit l'envers du jazz ? Ici pas de chorus chronométrés à qui ira le plus vite, non, c'est plutôt chez minimaliste qu'il faut chercher la clef pour rentrer. Pas de prétexte à, mais un vrai de Jackie Berruyer, conte de fin de siècle, avec le bûcheron et sa scie, le pâté du casse-croûte, les éboueurs et la fée enfilée avec son manche à balais... Et si c'était... Sans aucun doute un des grands moments de cette treizième édition. Comme ils sont arrivés, ils repartent, les spectateurs ne l'entendent pas de cette oreille alors ils reviennent pour un rappel. Au fait, lo senher Aboucaya es vengut, y aura-t-il un écho sur Jazz Mag ?

Voilà, un petit demi avec Rieumes, nos cal tornar a Tolosa. Fémi vient d'allumer le Bikini. Allo ? François, Laurent, vous nous entendez ? Ok, on vous branche, vous pouvez parler...

C'est fini, a l'an que ven, avec la TV Oèb, "oc-tv.net".

Jacme Gaudàs

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